Il s’agit ici d’un rattrapage : ce Saul Leiter, publié chez Textuel, et contenant beaucoup d’inédits extraits d’un fonds gigantesque, était un peu passé sous mes radars.
Le travail photographique de Saul Leiter, peintre, illustrateur, a été reconnu tardivement, et je me sens maladroit pour en parler, trop partisan sans doute, affidé, trop imprégné.
Le livre s’ouvre, étrangement sur une image, qui n’est pas de Saul Leiter (mais de Nicholas Krasznay) cristallise l’idée que je me fais de l’artiste. Une photo de son appartement, dans l’immeuble d’East 10th Street, Manhattan, où vécut également l’amie, amante, compagne de route de Saul Leiter, Soames Bantry.
Une pièce tenue dans une demie obscurité, encombrée de livres et de boites de films. Sur un pan de mur, le seul qui ne soit pas constellé de tableaux, et libre des hautes baies vitrées, un vieux projecteur de diapositives étend son cône de lumière et trace, pariétal, le halo de lumière d’un Kodachrome de Saul Leiter.
Timide, ses photos couleur étant boudées par les galeries -seul le noir et blanc, dans les années 50-60 semblait pouvoir être élevé au rang de discipline artistique- Leiter partageait ainsi, avec Soames, et ses amis proches, en la projetant sur les murs de pièces assombries, une oeuvre singulière, inédite, audacieuse, arrivée à une époque qui n’était pas encore prête.
Je m’autorise à croire que Saul Leiter n’en nourrissait pas d’amertume particulière, ou ne l’exprimait pas.
Un film superbe existe, qu’il est bon de visionner, pour découvrir Saul Leiter et le regard qu’il portait sur sa vie et son oeuvre. « In no great hurry », par Tomas Loech.
JJV
(octobre 2022)
The Unseen Saul Leiter
Edition Textuel




