« Devour », par Veronique L’Hoste, aux Editions Orange Claire

J’aime ce qui pleut aujourd’hui, pluie bienfaisante, dans la production artistique, depuis que nous fûmes tou.te.s contraint.e.s. – au clos du plan de masse, aux heures de sorties déclaratives, cynisme ordinaire : l’étranger, la menace, étaient sur la pas de la porte, des mois durant.

J’aime ce qui lentement s’invente, se libère et se dissémine, vient nous rencontrer, avec l’élan donné par cette tension enfouie. (Laissons la « résilience » au marchand).
Devour raconte une maternité en temps confinés, celle de la photographe Veronique L’Hoste.

Originalité de forme : l’objet livre, avant d’être parcouru, doit être accouché. En détachant un velcro, qui libère les lèvres de l’étui translucide. Ou bien, le faire surgir, glisser hors de son écrin (placentaire).


Quatre-vingt-huit pages, d’un papier au grammage sûr, reliées par un cordon élastique, (ombilical), que la main, si l’on poursuit le geste, peut libérer à son tour.
Tactile.
Plasticité née dans le contraint.


On se retrouve alors avec, dans les paumes, un empilement de pages, gardant, par le choix de ce grammage, leur forme autour du pli.
Les photos, pleine page ou couvrant une feuille par deux longueurs (30 par 11 centimètres) murmurent le hors cadre, l’ailleurs, le dehors : le long format vertical sur des cadrages parfois serrés enjambe le confinement.

Le geste est tenté, de disposer des images (c’est ma manière, et ce sont mes mots : les images ne sont pas numérotées, dialoguent cependant d’une feuille d’Art Volume White à l’autre. La séquence existe)
En disposer, donc.


Les disposer.
Les pages, ainsi juxtaposées, font :
Volume
Giron/Dièdre
Tuile/Toit
Ce livre est un lieu,
Un lieu traversé par les images, les « manifestations graphiques » et les lumières, tendres sans jamais être mièvres, lumières organiques inventées par Véronique L’Hoste.
Un lieu de naissance.

ps : « Devour » m’a été révélé par Anne-Marie, de la Librairie Autour du Monde. Ma gratitude, immense.

Devour

Photographies de Véronique L’Hoste,

Textes de Anne de Rancourt et Stéphanie Thomas,

Edité (superbement!) par Claire Jolin.

Les Editions Orange Claire sont basées à Metz

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