« SAUVE QUI PEUT (LA REVOLUTION) » regard·2

Regard porté sur « Sauve qui peut (la révolution) » , Compagnie Roland Furieux, premier temps

(Préambule : Ce qui s’écrit ici, je te le confie, condense deux carnets noir-bleuis de notes, qui courent sur un an, compilent sur deux lustres. Décantent, ne concluent en rien. N’ordonnent que bien peu.

C’est autour de « SAUVE QUI PEUT (LA REVOLUTION) », spectacle proposé les 9,10, et 11 novembre 2023, par la Compagnie Roland Furieux

Autour de/Sur les berges/Dans le ciel constellé où Roland Furieux fait oeuvre.
Tandis que j’écris, le travail se poursuit, l’aréopage oeuvre. Et tandis que son travail se poursuit, le texte s’amende. C’est une marche dans l’atelier.

J’écris « l’aréopage », vocable générique, dont le ton neutre peine à dire ma silencieuse et profonde estime pour ce qu’elles et ils nous promettent. Il pourra arriver, ou pas encore, que je cite un nom, ou un autre. L’écrivant, j’aimerais que la lumière de tous puisse rejaillir sur chacun·e à ton esprit).

« SAUVE QUI PEUT (LA REVOLUTION) » :

Distribution
Texte Thierry Froger (éd. Actes Sud, 2016)
Adaptation & mise en scène Laëtitia Pitz
Composition Camille Perrin 
Montage vidéo Morgane Ahrach  
Collaboration artistique, scénographie, jeu Anaïs Pélaquier
Assistanat mise en scène Suzie Colin 
Acteurs Didier Menin, Camille Perrin  

Création lumières Christian Pinaud
Régie lumières & vidéos Florent Fouquet
Régie son Michaël Goupilleau
Costumes Stéphanie Vaillant
Accessoires Prune Lardé
Regards et oreilles éclairants Véronique Albert et Loris Binot

Production & diffusion Isabelle Busac 
Relation presse Isabelle Muraour

les 9, 10 et 11 novembre 2023
Infos et réservation Cité musicale-Metz
09/11/23 – épisodes 1 & 2 (20h)
10/11/23 – épisodes 3 & 4 (20h)
11/11/23 – intégrale (16h)

Palestre

Depuis ces lignes (été 2022), écrites au sortir d’une première étape de travail, et d’une première présentation au public (interaction), « Sauve qui peut (la révolution) » s’est éployé, avec l’insolence du fleuve qui, afflué de tout son cours, alanguit son corps de fleuve par delà les berges.
A fait mouvement, depuis les berges de Moselle, bouleaux, voies de fer, clos de bois, vers les Nonnains.
(Saint Pierre aux Nonnains, Eglise.
Je l’ai appris il y a deux nuits, l’église fut palestre, « Lieu public où l’on s’entraînait à la lutte, à la gymnastique ». Telle est sa moëlle. Ainsi…)

Autre lieu. Arboré. Surplomb. Eaux.
En ce septembre doré, la porte s’ouvre, et je puis assister, convié, à une après-midi de filage de « Sauve qui peut (la révolution) », maturé.

Fais un pas, referme la porte derrière toi.
Lève les yeux.


La majesté romane ne consent à la lumière qu’au moyen de fenestrons cintrés, haut perchés. Ce septembre s’emploie à étirer l’été, mais semble rejeté hors les murailles rétives. Briques romaines, moellons romans. Ca charpente, pannes apparentes, ça ne croise pas l’ogive ni ne voûte : aux jambettes et arbalétriers d’assurer le couvert, en deux pans de toit.
Nef.
Quinze siècles s’élèvent entre le sol, voire le substrat, et le faîte, qui lie les membrures égrénées comme celles d’un navire retourné, quille à l’air.
La suite instillera l’idée que le lieu, minéral, rapidement présenté comme une église dé-sacralisée, reste imprégné de l’usage pour lequel ses murailles se sont ancrées ici.
Palestre
(Mes notes incluent , ou sont liées, à des images d’origine et temps divers
produites dans le lieu /ou pré-existantes appelées par l’expérience de l’oeuvre qui se joue dans le lieu ou/ inspirées après coup par l’expérience. Archive parallèle, tangentielle. Constellation. Parmi celles, une photo de la Tribune, salle 18 du Musée des Offices. Lien ténu, mais primordial)

Le filage s’engage. « Sauve qui peut (la révolution) » (1/4 ) prend vie. Prend corps, voix, mouvement. Fait sens.


Les lieux où je peux me tenir, (observer, me déplacer, photographier) m’ont été indiqués. Il m’est fait licence de tout, ou presque.
( j’ai pris l’habitude, quand je photographie, de porter mon regard devant moi, là où « se joue », et de me retourner par moments. 180 degrés pour aller chercher ce qui se joue en vis-à-vis. Dans mon dos. Cette pratique découle d’exercices
(« exercices », Howard S. Becker/F.Leibovici) destinés aux photographes débutants. Ouvrir l’oeil, aller chercher, relativiser. Candeur revendiquée)

Dans mon dos, les murailles accueillent les projections lumineuses venues, et le lieu de la représentation n’est plus circonscrit au plateau à proprement parler, mais étendu jusqu’aux confins du clos. Enceinte. Lieu total.
Lumières haptiques, aimantes, travaillées, émissaires.
Tendues vers.
Font velours. Corduroy.
(Corps du Roy/Lieu de création/Sécrétion/Muqueuse/Méninges…
Je vois se profiler ta question : qu’en sera-t-il ailleurs? Autre lieu?
Je te réponds : spectacle vivant.)

« Montage, mon beau souci »

Autour du roman de Thierry Froger, quantité de textes viennent irriguer le travail de la compagnie Roland Furieux.
Influences, de belle étymologie.
Au fil d’échanges, j’ai eu connaissance de l’étendue des sources, ai foulé le bassin versant : Godard (écrits, images, de…, par…) Georges Didi-Huberman, Aby warburg, Sophie Wahnich, Pierre Michon, …

(J’enjambe ici l’analogie fluviale. Fleuve, oui. Sa douce puissance. Thierry Froger a bien fait figurer Loire sur son « payroll ». Danton, Rose, Chalonnes. Mais le montage, l’assemblage d’une telle somme appelle une autre dimension. ainsi :…)

Autour du roman, quantité de textes, quantité d’items, de « footages ».
Constellation
Collecter est une chose. Le montage est tout autre. Il est affaire de liens, de temps, d’angles, de sens.
(Je suis hors de l’aréopage, hors du « réacteur », je devine malgré tout le collectif à l’ouvrage. Indices. Méninges/sensibilités profondes/jaillissements/doutes. Atlas. Argonautes.)
Les intrants apparaissent, sont masqués, prennent droit au plateau, prennent voix, corps, formes -faire vibrer l’air, brandir sons, rugissements, et mélodies- là, quand, où semblent juste, et la justesse consent au bruit et à la fureur. A la joie.
Inspirent/infléchissent/soulignent.
Equilibres, doutes.
Dans l’aréopage, on tient l’image en appétit, on la connaît, la fréquente, la débusque, la produit, l’invente (créer comme « venir vers, découvrir, révéler »). Certaines, produites à dessein, au fil de la création, viennent le travail alimenter, se mêler en leur temps au vaste corpus d’archive, fixe ou mouvante. Enigmatiques, pertinentes, documentaires.
(Et l’induction « agit » la création, effet de boucle Larsen appliqué à l’image, où l’image vient « amplifier ».)

Epiphanies jusqu’au vertige. Oeuvre d’Atlas, ou d’argonautes.
Désir.

C

…comme convié.
Là d’où je parle, c comme celui à qui l’on ouvre la porte, offre champ. Liberté grande. Tangentielle. Vient au contact, divergera.
A ma manière, je me tiens sous un mien ciel constellé de textes et d’images.
In-fluences.
Pour éclairer, cet exemple : pendant le filage 1/4, là où se pose mon cadre sur ce que j’ai sous les yeux (l’aire, le plateau), l’image se compose en rejetant les personnages bord cadre, aux lisières d’un glacis (sol, palestre) où un cortège (soulèvement, têtes phrygées) pourrait faire droit à surgir et se répandre.
(Joelle Zask, « Se réunir », sur les lieux, places, forums. Histoire, injonctions, répression.
Ailleurs, et plus tard, en éditant les images pour les partager vers Roland Furieux puis ailleurs, je tranche, dans une forme d’auto-autorité sèche : mes choix vont à la vie et au mouvement, au lieu et à l’espace (comme ci-dessus). Aux statures. Aux figures. A une écologie, un environnement du travail en cours.

Ici, maintenant, demain

La série d’images et de textes qui découle de cette liberté en offrande m’apparait, au moment où j’écris, comme inclassable, et suspendue. L’écume fugitive d’une vague à l’étrave du navire Argo, ce qui me convient. La série de photographies a ses genres : catalogue, thématique, compilation, roadtrip… Ce dernier me plait, pour l’idée de trajectoire, d’orbite)

à

suivre